Week-end du 15 août 2008 : je pars avec mon frère pour trois jours de week-end à Cracovie et dans les environs. Cette ville se trouve au sud de la Pologne, à proximité de la frontière slovaque. Ces trois jours de découverte suffiront à me donner envie d'y retourner une semaine en novembre 2009. Cette fois, j'étais seul et voyageais en train avec un pass Interrrail. Voici le récit de ces deux trop brèves visites.

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Pour cette première visite en Pologne, la destination retenue a été Cracovie du fait des promos alléchantes proposées par une compagnie low-cost. Cracovie est aujourd'hui une ville étudiante de premier plan et l'a toujours été. En témoigne la présence de deux personnages de stature internationale ayant étudié dans son Université : Nicolas Copernic et Karol Wojtyla (futur Jean-Paul II). Elle fut également mise en avant par le film de Steven Spielberg, La Liste de Schindler. Je débarque dans cette ville en compagnie de mon frère pour le week-end du 15 août, une date importante dans ce pays largement catholique.

A la sortie de la gare, nous parvenons immédiatement en face de la double muraille : d'abord la muraille végétale qui encercle le centre historique (Les Planty); puis les vestiges des anciennes fortifications aux alentours de la Barbacane, une sorte de tour ronde. Les tramways circulent à l'extérieur de celle-ci.

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En déambulant dans le centre, nous croisons de temps à autre une calèche. Le tourisme est en effet une des mannes principales de la ville moderne.

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Avant d'aller voir la place principale de la ville, son coeur touristique, j'aime bien m'imprégner des rues environnantes. Au lieu de nous diriger droit sur la grande place centrale, nous nous rendons d'abord au Collegium Maius, le plus ancien bâtiment de l'Université de Cracovie fondée en 1364. C'est là qu'ont étudié les deux illustres élèves mentionnés précédemment. L'extérieur du bâtiment est plutôt austère avec une façade en briquettes rouges de style gothique. L'intérieur est par contre beaucoup plus agréable : la porte d'entrée s'ouvre sur une magnifique petite cour à arcades. En son milieu est planté un arbre.

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Nous reprenons notre chemin et passons devant plusieurs complexes religieux. Plusieurs années après sa mort, Jean Paul II est toujours aussi omniprésent dans les esprits et dans les coeurs.

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Voilà ce que donne le style gothique avec des briquettes rouges pour ceux qui ne voient pas de quoi je parlais il y a deux paragraphes. Une fois de plus, la beauté se trouve à l'intérieur pour peu qu'on veuille bien se donner la peine de franchir le seuil.

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Pour finir d'accomplir ma circumambulation de la Place du Marché, nous nous rendons au théâtre à deux pas de la Barbacane vue en arrivant. Son style est nettement plus classique mais bien plus esthétique.

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Midi sonne, une petite fête bat son plein à côté de la place. Nous nous joignons à la foule pour goûter de délicieux pierogi, une sorte de ravioli mais en meilleur ! Pendant ce temps-là, quelques groupes folkloriques assurent l'animation. Nous sommes fin prêts pour gagner la Grande Place du Marché. "Grande" car elle fait 200m de côté. Mais il est difficile de s'en rendre compte car un édifice la coupe en deux en son milieu : la Halle aux Draps.

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Au milieu de la foule, un individu attire mon attention : un homme-sandwich en pleine manifestation. :o) Je n'ai jamais su s'il a obtenu gain de cause.

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Autre élément remarquable sur cette place, la curieuse église Notre-Dame dont les deux tours ne sont pas de même hauteur. Une explication qui circule à ce sujet est la rivalité de deux frères architectes dont l'un a assassiné l'autre pour mettre fin à l'élévation de sa tour. Pour mieux reconstituer le crime, un vieux couteau rouillé est attaché sous une des arcades de la Halle aux Draps. Le trouverez-vous ?

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Par contre, pour voir l'intérieur, le 15 août n'est pas une date optimale, les messes s'y déroulant sans discontinuer. Nous n'avons pas pu entrer au cours de ses trois jours mais le bref aperçu que nous en avons eu en passant une tête par la porte est un vrai chef d'oeuvre. Enfin, un beffroi s'élève vers le ciel de l'autre côté de la place.

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Nous marquons alors une petite pause pour aller déposer notre sac à l'auberge de jeunesse. Puis nous repartons de plus belle avec un petit crochet par la rue Kanonicza. Les façades sont colorées et la rue pavée. Dans cette rue se trouve une ancienne résidence du Pape polonais.

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Nous pouvons alors aller vers la colline de Wavel où se dressent le château royal et la cathédrale de la ville qui fut un temps la capitale royale du pays. On accède à l'intérieur de l'édifice par une large rampe située au nord de celui-ci.

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Nous terminons avec cet édifice la visite de la Vieille Ville. Nous laissons pour le lendemain la visite du quartier juif, très bien conservé. Nous allons consacrer le reste de la journée à un site conseillé par un guide hors-pair : l'UNESCO. A quelques kilomètres de Craco se trouve la mine de sel de Wieliczka, un incontournable figurant au Patrimoine Mondial.

Pour nous y rendre, nous prenons un minibus d'une dizaine de places. Celui-ci tarde un peu à démarrer car il doit être plein avant de démarrer. Et une fois parti, il faut faire de la place pour toute nouvelle personne montant à bord ... La course revient par contre à une bouchée de pain. Parvenus sur le site, il est trop tard pour avoir une visite en français. Il doit y en avoir deux par jour en période touristique. Nous prenons donc l'anglais par dépit.

A priori l'endroit est très prisé car une foule considérable se presse dans les galeries par vagues successives. Ca bouchonne sévèrement sur la route du sel, c'est un peu le revers de la médaille : une fréquentation trop importante. Ne faudrait-il pas la réduire pour protéger le site ?

Dans un premier temps, on descend longuement par un escalier en bois et on pénètre alors dans les premières salles très obscures et fraîches où des artistes ont sculpté le sel gemme.

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Le second volet de la visite est consacré aux techniques d'exploitation avec des mannequins de cire pour les reconstitutions.

Enfin, on arrive au clou du spectacle, la chapelle Ste Kinga : une vaste salle de 54m de long et d'une dizaine de mètres de haut où tout est en sel (les lustres, l'autel, les fresques religieuses ...). Un chef d'oeuvre !

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La visite se termine par la traversée de quelques lacs salins. Nous sommes alors entassés dans un petit musée / boutiques souvenirs / snack. La remontée se fait ensuite par l'intermédiaire de deux ascenseurs à deux étages mais vu la foule dans la mine, il faut patienter dans les zones de stockage.

Sortis de la mine, nous regagnons Cracovie en bus. La première journée est terminée, plutôt à temps car une belle tempête éclate.

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Le second jour, nous prenons le petit déj dans la rue : des vendeurs proposent des pains en forme de couronnes à base de différentes céréales. Nous sommes alors prêts pour la visite de Kazimierz, le quartier de la communauté juive de Cracovie. Il est situé au sud-est du château de Wavel et était autrefois ceint d'une fortification. Ce quartier abrite aujourd'hui de nombreuses synagogues. Ci-dessous la Place Nouvelle que l'on peut voir dans la Liste de Schindler.

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Nous quittons ce quartier par le sud et l'ancien Hôtel de Ville.

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Nous passons au pied du château de Wavel. Un dragon y monte la garde crachant de temps à autre quelques flammes.

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La matinée est à peine entamée. Nous souhaitons consacrer le reste de la journée à un second site du Patrimoine de l'UNESCO : les camps d'Auschwitz-Birkenau. J'en ai bien sûr entendu parlé au cours de ma scolarité mais cela était alors très théorique. J'ai depuis lu Si c'est un homme de Primo Levi qui m'avait beaucoup marqué par la précision de son récit de prisonnier ayant survécu un an à la Buna Monowitz, le troisième camp d'Auschwitz. Mais aller se rendre compte par soi-même de ce qu'ont dû endurer des millions d'innocentes et d'innocents n'a rien de comparable. Et étant si près, un devoir de mémoire s'impose.

Pour s'y rendre, il est nécessaire de prendre un bus à la gare routière derrière la station ferroviaire. Une heure et soixante kilomètres plus tard, nous débarquons devant l'entrée du Musée d'Auschwitz qui accueille les visiteurs. L'entrée de ce site est gratuite. C'est l'un des deux camps les mieux conservés du pays, les nazis ayant fait exploser toutes traces de leurs méfaits face à l'avancée des russes en 1945.

Nous sommes alors au camp d'Auschiwtz I, une ancienne caserne polonaise reconvertie début 1940 en antichambre de l'horreur. L'entrée dans le camp se fait par le franchissement de la célèbre porte portant l'inscription "Arbeit macht frei" (le travail rend libre). De part et d'autre de celle-ci, une double rangée de barbelés et à distance respectable des miradors.

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Ce seuil symbolique dépassé, nous suivons une longue allée bordée de hauts peupliers et de barraques en briquettes rouges. En faisant abstraction de l'entrée que nous venons de franchir et des barbelés, cette vision n'est pas trop choquante et on pourrait presque se croire dans une banlieue ouvrière.

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Mais ce n'est pas une banlieue ouvrière, c'est un alignement de blocs dans lesquels étaient entassés les prisonniers. Tous font deux étages et comprennent plusieurs pièces. 28 blocs composent le camp. Certains sont dédiés aux expositions générales traitant de l'histoire du camp, des atrocités qui y étaient commises, de la vie des prisonniers, de la condition des juifs dans le régime hitlérien ... Dans ces blocs, on atteint vraiment le comble de l'horreur par ce qui est présenté. Tout est fait pour marquer les esprits durablement si ce n'était déjà fait par la simple entrée dans ce lieu. Chacun prend pleinement conscience du nombre inconcevable de victimes. Le bloc de la Mort est tout aussi sinistre et détaille les exécutions, les expériences médicales, la torture et les châtiments corporels.

Les autres blocs sont consacrés aux expositions nationales : chaque pays met en scène l'horreur des camps à sa façon : par des photos, des mises en scène ... La France et la Belgique ont décidé de mettre en avant quelques destins brisés ici il y a soixante ans environ.

Pour terminer le parcours, on passe devant une chambre à gaz et le crématoire bien conservé.

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Nous rallions alors à pied le second camp qui se trouve à 2 ou 3 kilomètres de là. Il s'agit d'Auschwitz-Birkenau également connu par sa tristement célèbre porte.

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L'horreur est ici différente du camp précédent : dans le premier camp, des éléments choquants sont mis en avant pour témoigner de l'horreur. Birkenau s'apparente par contre plus à un champ de ruines avec une "mise en scène" minimaliste et peu d'explications. Pour autant sa visite n'en est pas moins marquante pour plusieurs raisons :

- l'étendue du camp : aussi loin que porte la vue, tout n'est que désolation. Il n'y a aucune limite à l'inconcevable. Les barbelés et miradors courent sur 2500 mètres en ligne droite sur chaque côté. Sur une telle surface, le nombre de victimes doit être effroyable, vertigineux, inimaginable !

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- les conditions de vie : il n'y a plus d'édifice en béton désormais. Que des baraques en bois donc protégeant moins des conditions climatiques pouvant être extrêmes en hiver.  Le temps est maussade aujourd'hui et le sol humide. Nous réalisons alors que le camp devait également ressembler à un vaste champ de boue en hiver ou après les précipitations.

A l'intérieur des bâtiments, une enfilade sans fin de paillasses étroites sur trois étages.

Les chambres à gaz ont ici été dynamitées. Par contre, il reste les douches de désinfection et des étangs où étaient jetées les cendres.

Un monument a également été élevé pour tous les martyrs. A ses pieds, une inscription commémorative dans une dizaine de langues.

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Pour terminer, il faut expliquer que ce camp était organisé en quartiers : à l'entrée, la zone de quarantaine où étaient entassés les prisonniers les moins malheureux à leur arrivée; puis le quartier des familles, celui des tsiganes ...

C'est marqués que nous quittons le village pour retourner à Cracovie, toujours en bus.

Le lendemain s'est terminé notre week-end en Pologne. Nous sommes restés bloqués une demi-journée à l'aéroport. Notre avion initial, en panne, n'a jamais atterri en Pologne et un autre en provenance des Baléares a été affrété en remplacement. En attendant, nous avons pu visiter les champs des environs et être bichonnés par les autorités aéroportuaires qui offraient régulièrement des collations en dédommagement.